vendredi 1 juin 2007

La politique française d'immigration




En France, comme au reste dans les autres pays, la politique d'immigration est marquée par de nombreuses contradictions. L'action menée en faveur de l'intégration s'accompagne de mesures répressives. Elle s'inscrit, en tout cas, dans un cadre d'intervention où désormais l'accent est mis davantage sur les aspects juridiques et culturels que sur la dimension économique. Quelques décisions et la tournure que prennent les discussions sur l'immigration témoignent de cette nouvelle orientation : la loi du 9 octobre 1981 accordant aux étrangers la liberté d'association, la loi du 17 juillet 1984 instituant la carte unique séjour-travail de dix ans, délivrée de plein droit à certaines catégories d'étrangers et automatiquement renouvelable, le projet abandonné mais épisodiquement remis à l'ordre du jour de réforme du Code de la nationalité (1987), enfin, en 1989, l'instauration d'un vaste débat sur l'immigration, l'islam et l'intégration à la suite de l'affaire dite du « foulard » (porté en classe, dans une école publique et laïque, par trois jeunes musulmanes arguant de prescriptions religieuses).

La politique d'intégration, telle qu'elle a été définie en 1990 par le gouvernement français, n'est ni de l'assimilation ni une prise en compte des spécificités, mais une série d'actions concrètes mettant l'accent sur l'égalité des droits et de traitement, le développement social des quartiers, la fin des ghettos, l'accès à l'emploi et la lutte contre l'échec scolaire. Mais elle comporte des ambiguïtés : comment concilier le droit à l'indifférence et le respect des identités ? la lutte contre les discriminations et le risque de stigmatisation ? l'intégration et le renforcement des contrôles aux frontières ? Au lendemain de l'affaire du foulard, un dispositif a été mis en place pour coordonner les actions publiques et stimuler la réflexion : la création d'un secrétariat général à l'intégration a été assortie de l'institution d'un Haut Conseil à l'intégration dont les premiers rapports ont paru, au rythme de deux par an, en 1991 et 1992.

De fait, contrairement à certaines idées reçues, l'intégration est en cours. Beaucoup de jeunes issus de l'immigration sont parfaitement intégrés à la communauté française ; mais cette insertion s'effectue souvent dans des contextes peu favorables à la promotion sociale.

Les interrogations sur l'intégration ne doivent cependant pas occulter quelques réussites spectaculaires. Nombre d'enfants de la « seconde génération » ont effectué une trajectoire scolaire et professionnelle qui n'est plus seulement une formation « sur le tas » dans le monde du travail. Une élite se dégage, symbolisant la réussite et l'ascension sociale, qui tend à bousculer l'image misérabiliste du monde de l'immigration.

Il reste que, avec la crainte de l'intégrisme islamique, l'inquiétude provoquée par la montée de la violence dans les banlieues et la fixation d'une partie de l'opinion publique sur l'immigration maghrébine, le problème de l'immigration est toujours l'enjeu de stratégies partisanes. Ces dernières se fondent sur des analyses plus ou moins pessimistes de la situation. D'un côté, l'aggravation de la pression migratoire du sud vers le nord suscite des plaidoyers en faveur d'une politique plus restrictive. On met l'accent sur le danger que fait courir l'immigration à la stabilité sociale et politique de la France, en une période où le chômage ne laisse aux nouveaux arrivants d'autres choix que la misère ou la délinquance. On fait remarquer que les statistiques fournies par le recensement de 1990 pourraient être inférieurs à la réalité. Face à la « montée des périls », les remèdes proposés sont, outre une meilleure intégration des immigrés, par le logement social en particulier, de réduire l'admission de nouveaux « travailleurs permanents » et de restreindre l'immigration familiale ; sont préconisées aussi la limitation du droit d'asile et une lutte plus énergique contre l'immigration irrégulière. Telles sont les propositions présentées par A. Postel-Vinay, ancien Secrétaire d'État chargé des travailleurs immigrés, dans la revue Futuribles (1992).

Dans son ouvrage intitulé De l'immigration en général et de la nation française en particulier (1992), J.-C. Barreau a, d'un autre côté, énoncé des convictions qui ont contribué à passionner le débat : l'immigration zéro est un mythe, la poussée migratoire restera forte dans les années à venir, l'immigration étant une continuation à l'échelle planétaire de l'exode rural ; sans une politique claire, intelligente et énergétique des flux migratoires, l'intégration est vouée à l'échec ; la nation est le seul lieu possible de l'intégration. Enfin, tandis que les uns réclament l'invention d'un nouveau contrat de citoyenneté, d'autres montrent comment la politique d'immigration est prise au piège des amalgames. C'est ce qu'a entrepris de faire Danièle Lochak (1993) : on amalgame étrangers en situation irrégulière et clandestins, on amalgame aussi demandeurs d'asile déboutés et faux réfugiés. Quand on connaît le poids des mots, on ne peut que redouter les effets de telles associations

Aucun commentaire: